26 décembre 2025 | Le Billet de Mathilde
A notre dernier rendez-vous de l'année chez notre amie Mathilde, nous avons encore insisté pour qu'elle vienne passer les fêtes chez l'un d'entre nous. Peine perdue. Elle a déjà planifié ses sept jours de jeûne entre Noël et le Jour de l'An. Elle nous remercie pour notre bienveillante attention. En échange, elle veut nous faire un «cadeau» et nous lire un texte de circonstance*.
«Lorsque Francine Christophe est déportée avec sa mère au camp de concentration de Bergen-Belsen, le seul bien qu'il leur reste c'est un carré de chocolat. La maman le garde pour le jour où vraiment la petite n'ira pas bien. C'est leur talisman, leur boussole. La preuve que tout ne va pas si mal puisque ce chocolat reste en réserve pour des jours pires.
Un soir une autre déportée est sur le point d'accoucher, à bout de forces, au bord de mourir de faim. La maman de Francine demande à sa fille si elle accepte de céder son carré de chocolat. L'enfant dit oui.
Lorsque le camp est libéré par les Alliés, les déportés sont séparés.
Soixante-quinze ans plus tard, Francine participe à un colloque sur le thème : «Une assistance psychologique aurait-elle aidé les déportés au retour à la vie normale ?»
Dans la salle, une psychiatre venue de Marseille se lève et dit :
«Je n'ai pas de réponse à cette question, Madame, mais j'ai quelque chose à vous rendre».
Elle lui donne un carré de chocolat en disant :
«Je suis le bébé».
Même dans les circonstances les plus difficiles, la bienveillance demeure la loi qui gouverne nos destins. Mais seuls le savent ceux qui la mettent en pratique».
*extrait de «La bienveillance est une arme absolue» de Didier Van Cauwelaert