24 juillet 2025 | Le Billet de Mathilde
Depuis toujours, Mathilde offre aux enfants de son entourage une aide au devoirs. Et pendant les vacances d'été ce sont des cours de rattrapage pour être au niveau de la classe supérieure.
Et année après année Mathilde constate que le niveau baisse avec une accélération récente.
Au XIXe siècle, l'instruction universelle et obligatoire s'est imposée au terme d'un long processus positiviste, à une époque où l'on croyait qu'une intelligence et un savoir mieux répartis dans la société, ne pouvaient conduire qu'au progrès de l'humanité.
Dans ce premier quart du XXIe siècle, non seulement notre société n'est pas plus instruite qu'il y a 150, 100 ou 50 ans, mais elle est, à bien des égards, plus stupide.
Bien plus qu'un appauvrissement du vocabulaire, de fautes d'orthographe et de grammaire dans les devoirs de ceux qui ont été reçus au bac, il s'agit d'un basculement beaucoup plus inquiétant : la perte de nos capacités mentales, de notre mémoire, de notre esprit critique – bref, de notre intelligence.
Ce phénomène est particulièrement frappant chez les plus jeunes ; chez ceux qui sont nés avec les écrans et qui entrent aujourd'hui au lycée ou à l'université, avec ChatGPT comme béquilles permanentes. Pourtant, à première vue, l'intelligence artificielle, c'est formidable : elle calcule, trie, résume, génère, compose, code, mémorise pour nous.
L'IA constitue un progrès technologique stupéfiant. Mais elle provoque, de façon déjà très palpable, une régression cognitive chez l'être humain. À la manière d'un domestique zélé, elle répond à toutes les questions avant même qu'on ait fini de les poser. Elle nous «décharge». Nos fonctions cognitives s'entraînent comme des muscles. Et comme tous les muscles, elles fondent si on ne les utilise plus.
Une étude récente du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) décrit une réalité bien concrète, mesurée, observable : on devient moins intelligent lorsque on utilise régulièrement l'IA. «Au bout de quatre mois, on a constaté que les participants assistés par IA affichaient une baisse moyenne de 55 % de leur activité neuronale, en particulier dans les zones associées à la mémoire, à la résolution de problèmes et à l'attention».
D'autre part, tous les participants qui ont utilisé l'IA ont rendu un travail identique. C'est-à-dire un travail moyen : «Finalement ChatGPT, comme d'autres outils d'IA générative, reste fondamentalement limité : il crée quelque chose de jamais vu, mais qui est basé sur une «moyenne» de tout ce auquel il a accès en ligne», pointe Justine Cassell, directrice de recherche à l'Institut national de recherche en sciences et technologies numériques.
L'utilisation de l'intelligence artificielle rend paresseux, puis conformiste. Et, étant donné que de plus en plus de contenus en ligne sont générés par IA on peut prédire que la qualité de cette «moyenne» va baisser inexorablement, un peu comme le niveau du baccalauréat chaque année.
Mais ce que soulignent plusieurs auteurs, c'est que cette dégringolade s'accélère depuis que les outils numériques ont envahi notre quotidien. À force d'être assistés, corrigés, guidés, nous aurions peut-être oublié comment faire fonctionner notre cerveau.
Et quand on sait à quel point une activité neuronale régulière et soutenue est indispensable pour prévenir Alzheimer, on n'ose pas penser aux conséquences de cette maladie auxquelles nous allons être confrontés au cours des prochaines décennies.
Il ne s'agit pas pour Mathilde d'annoncer ici le pire. Mais de donner quelques éléments à une réflexion urgente et nécessaire.