26 avril 2025 | Le Billet de Mathilde
La nuit de Walpurgis
Souvent, lorsque nous nous retrouvons chez elle, Mathilde nous rapporte ce que lui disait sa grand-mère. Des rituels transmis par sa grand-mère qu'elle tenait de la sienne… Et ainsi de suite. Des coutumes pour chaque saison, enracinées dans un inconscient collectif depuis les origines du temps. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai – la nuit de Walpurgis – une célébration païenne mettait fin à l'hiver et célébrait le retour de la lumière. Anticipation du 21 juin, avec des chants et des danses autour d'un feu.
Depuis toujours, dans toute l'Europe, cette date est réputée funeste. Les petits dieux protecteurs du foyer quittent l'âtre pour aller retrouver les esprits des champs et des bois. Il fallait enfermer les bêtes de bonne heure, leur accrocher à la queue du sorbier ou de la marjolaine, mettre de l'églantine un peu partout, dans les étables, aux portes des maisons. Les esprits malfaisants empoisonnaient les puits, les sources, les rivières, jetaient des sorts aux habitants des étables et des maisons, non protégées par le sorbier ou la marjolaine. Dans certaines régions, on suspendait au cou des animaux une clochette, dont le bruit était considéré comme purificateur.
Enfin les forces solaires triomphaient de la nuit et le 1er mai était un jour très occupé. On devait d'abord purifier les fontaines, les sources, les rivières. On fouettait l'eau avec des branches fleuries d'églantines ; puis on allumait de grands feux pour rejeter l'haleine fétide que les bêtes monstrueuses de la nuit avaient laissée dans l'atmosphère. Ensuite on cueillait le muguet, lié depuis toujours aux cultes de mai. Les chats qui avaient été jetés dehors pour danser avec «les autres» pouvaient rentrer dans les maisons. Dans les pays montagneux, on cueillait la verveine à reculons.
Pour finir, les habitants des villages allaient en procession chercher l'arbre de mai, – frêne, sorbier ou noisetier. Le bûcheron demandait pardon à l'arbre qui allait être abattu et, avant de le couper, priait l'esprit qui l'habitait de passer sur un autre arbre. On le ramenait en grande pompe au centre du village et on le décorait des premiers fruits et de fleurs. L'arbre de Mai restait sur place jusqu'au 21 juin où il était brûlé.
Pour en finir avec ce mois démoniaque et éradiquer ces croyances impies, l'église l'institua mois de Marie. Enfin, le Concile de Milan, au quinzième siècle, interdit la pratique de l'arbre de mai. Aujourd'hui, il est devenu «politique». On le dresse devant le domicile du nouvel élu, décoré de cocardes bleu, blanc et rouge, en hommage à la République.
Il ne s'agit pas de verser dans la superstition mais de devenir conscient de toutes ces richesses qui fondent et identifient notre humanité. Afin, en les acceptant, de s'en libérer.